Les jeunes et les blogs
Les jeunes et les blogs
1. Quelques chiffres
Les jeunes forment le gros des troupes : plus de 8 blogueurs sur 10 ont moins de 24 ans. 10% ont entre 25 et 34 ans, 5% entre 35 et 49 ans et 3% ont 50 ans et plus, selon Médiamétrie. Mars 2006
51% des 15-19 ans ont créé un blog, contre seulement 9% chez les internautes de plus de 25 ans.
Autre clivage générationnel d'importance, la consultation des blogs qui est de 42 points plus élevée chez les 13-17 ans que chez l'ensemble des internautes (70 % contre 28 %).
des 18-24 ans sont nettement plus classiques. Chez ces derniers, l'utilisation de l'e-mail est légèrement au-dessus de la moyenne (+ 2 points). Pourtant, comme pour les 13-17 ans, l'utilisation de la messagerie instantanée est solidement installée. Près des deux tiers de cette classe d'âge a utilisé cette application au cours du mois précédant l'enquête, contre 41 % en moyenne pour les internautes. La consultation des blogs est en revanche un peu moins répandue que chez les adolescents, mais reste encore nettement au dessus de celle des internautes en général (45 % contre 28 %).
Les blogs tenus par des adolescents sont très nombreux en France (près de sept millions de blogs sur Skyblog selon le site en 2007), Un chiffre vertigineux à l'aune du pourcentage de 13-24 ans dans la population française (15 %).
2. Quelques réflexions
Comme l'explique le chercheur Olivier Trédan :
"La convergence entre les blogs d'ados et les outils multimédia, au premier rang de ceux-ci les téléphones portables-appareils photos numériques, qui ont donné naissance aux moblogs, pose la question de l'intrusion de l'espace privé dans l'espace public. En effet, la banalité du vécu dans un établissement scolaire est traitée dans un cadre privé, pour se retrouver exposé dans un nouvel espace public".
Les blogs, sortes de journaux de bord personnels en ligne, principalement composés de photos et commentaires en style SMS, fonctionnent auprès des adolescents comme une ‘forge identitaire’. Lieu d’expression comparable aux murs de la chambre de l’adolescent, il sert d’espace transitoire entre le virtuel et le réel, entre soi et les autres, instaurant une proximité émotionnelle et une distance physique propice au dialogue interne. L’ado s’y dévoile auprès d’un public extérieur restreint en affichant par juxtaposition les éléments qui composent son univers, amis, fêtes, passions, premiers pas ... Quelque part dans cette identité bricolée s’annonce une photo et un "c’est moi" parfois embarrassé
D’un point de vue purement psychologique le blog peut en effet représenter un espace où exprimer librement sa créativité, voire, sur un autre registre, un défouloir. En effet, être en ligne a un effet désinhibant. Cette désinhibition est liée pour John Suler. (2002). The Online Disinhibition Effect. In The Psychology of Cyberspace ) aux facteurs suivants :
- Anonymat
- Invisibilité
- Asynchronisme
- Nivellement : dans les contacts établis via l’internet, les différences et les écarts, tout de suite visibles dans le même réel, disparaissent. Chacun a les mêmes possibilités de s’exprimer. : écriture et lecture du blog ne se font pas nécessairement au même rythme ou aux mêmes heures : le blogueur n’est pas en situation de face à face avec son public. : le blogueur a la possibilité de prendre un faux nom. Ainsi les pseudos sont fréquents.
Appropriation des nouveaux médias par les jeunes : http://www.clemi.org/international/mediappro/Mediappro_b.pdf
Evolution rapide technologie et leur maîtrise cf. lettre veille INRP http://www.inrp.fr/vst/LettreVST/pdf/juin2006.pdf
3. Quelques genres
Le blog passion
Le blog journal intime
Le blog déconne
Le blog à l'école
Le blog forum
Le blog égotique
www.blogomag.net est un magazine de blogging réalisé par et pour des jeunes, accompagné d’actions de sensibilisation à la fois aux dangers et aux opportunités des blogs et d’internet.
4. skyblogs
http://thepetitmoi.skyblog.com
http://titeblondefole.skyblog.com/2.html
"Ce qui est sympa, c'est de pouvoir laisser des commentaires. Comme ça une conversation se forme, et elle reste, pas comme dans le chat (conversation via Internet à l'aide de logiciels de messagerie instantanée). Par exemple on met une photo d'un délire qu'on a eu ensemble, et on en rediscute pendant un moment. Ca arrive qu'on se moque un peu d'autres jeunes, ou de profs, mais on s'arrange pour être les seuls à comprendre, on met pas leur photo ou leur nom. Puis c'est pas pour être méchant, c'est juste qu'ils nous font rire. Tant que ça reste entre nous, ça va. Par contre, des fois des gens tombent dessus et s'amusent à faire de la provoc'. Ils laissent des messages anonymes où ils se foutent de nous. Des fois, on sait bien que c'est des gens qu'on connaît." (Loraine, Virginie, Marie et Christian, élèves de seconde à Bruxelles)
"L'objectif, c'est d'avoir beaucoup de visites, pour grimper dans le classement des meilleurs blogs. Alors forcément, si tu mets une photo d'un prof ou du dirlo en te foutant de lui et que tu donnes l'adresse à tout le monde, t'es sûr qu'il y aura plein de visites et plein de commentaires. Les photos de ton chien, tout le monde s'en tape. Des filles ou des gars ridicules, ça marche, t'as du monde qui vient et qui parle de ton blog. C'est une forme de célébrité d'avoir un blog qui a du succès, ça fait bien." (Ludovic, 16 ans, élève de seconde)
"On a des blogs, bien sûr. On se marre bien avec. On prend des photos, on fait des montages avec, puis on les met en ligne après. Ou on met les images choc qu'on a trouvé sur le net, les trucs un peu trash ou un peu gore. Sur les Skyblog on peut quand même pas mettre n'importe quoi, les trucs racistes ou porno sont enlevés. Vaut mieux, y'en a bien assez comme ça sur Internet. Sinon on fait à peu près ce qu'on veut. Quand même, une fois, on a mis la photo d'une fille de notre collège, on se foutait d'elle parce qu'elle est pas super jolie. Elle l'a vue et en a parlé à sa mère, qui a appelé le collège. On a préféré tout virer avant d'avoir des ennuis. On sait qu'on n'a pas le droit de mettre les photos des gens sans leur demander, mais on pensait pas qu'elle s'en rendrait compte." Antoine (14 ans), Paul (14 ans) et Tugduel (13 ans)
"J'ai bien envie de faire un blog, j'ai plein d'amis qui s'y sont mis. Je voudrais y mettre des photos de ma famille, de mes copains ou de mon chat. Puis raconter des trucs sur moi, sur ce qui me plaît, sur l'école. Mais j'ai un peu peur qu'il y en ait qui viennent se moquer après, parce qu'ils sauraient des trucs intimes sur moi. N'importe qui peut tomber dessus finalement. Puis y'a cette fille dans le nord, qu'avait annoncé sur un blog qu'elle allait se suicider, c'est bizarre. Alors j'hésite." (Amara, 14 ans)
"On a un blog qu'on tient à deux. On y parle de notre passion : le skate. Enfin on parle pas beaucoup en fait, on met surtout des photos de nous en train d'en faire. Comme ça, quand on rencontre d'autres skateurs, on leur passe l'adresse. Ce qui fait plaisir, c'est quand ils laissent des commentaires. Pour nous le blog, c'est une façon de mettre notre passion en avant et de la faire partager. On n'a pas envie de parler de l'école ou des cours, on y consacre déjà bien assez de temps." (Maxime et Luc, 14 ans)
Conclusion
Le Net introduit des changements de perception aussi importants que ceux qui ont accompagné l'apparition du train ou de l'avion. Il crée un rapport différent à l'espace et à la durée. D'abord, le Net contribue au sentiment de faire partie de la même planète chez ses utilisateurs, et cela intervient à mon avis dans la conscience du monde qu'ont les jeunes - on le voit par la place qu'ils prennent dans le mouvement altermondialiste. Ensuite, le temps est réduit : l'impatience de la réponse est incroyable dans les forums et les messageries. Enfin, avec le Net, des inconnus me parlent de leur intimité. N'oublions pas qu'avant l'invention du téléphone, les gens ne parlaient de leur intimité que lorsqu'ils se voyaient. Avec le téléphone, des personnes que je connais me parlent de leur intimité sans que je les vois. Mais, avec le développement de l'Internet, on atteint un degré de plus. Des gens que je ne connaîtrai jamais me parlent de leur intimité. Et cela donne le sentiment que l'espace entre les personnes est bien plus court.
http://www.journaldunet.com/itws/it_tisseron.shtml