La propagande en démocratie
Un livre à lire : Propaganda, d’Edward Bernays, ou comment manipuler l’opinion en démocratie http://www.editions-zones.fr/spip.php?page=lyberplayer&id_article=21
Les principaux aspects de la propagande dans une démocratie seraient les suivants :
· influence médiatique (radio, télévision, presse, publicité, internet, téléphone).
· confusion volontaire : justification de la vente d'un produit par des principes éthiques, ou inversement, promotion d'une opération humanitaire en usant des techniques de communication des entreprises privées.
· valorisation sémantique : « mondialisation » par exemple.
· manipulation de l'opinion publique à l'aide de statistiques ou de sondages biaisés. voir la rubrique désintox sur Libération http://www.liberation.fr/desintox
· falsification de l'image : retouches vidéo, fausses images.
· auto-censure des rédactions.
· informations partiales : traitement de la guerre en Irak par Fox News par exemple.
sur ce thème de la guerre :
légitimation des guerres « cause juste »: intox des journalistes et conditionnement de l'opinion publique
Impossibilité d'aller sur le terrain depuis le Vietnam
information livrée clés en mains par services armée cf guerre du Golfe
utilisation des médias par les armées contre l'adversaire
choix des mots : frappes chirurgicales, dégâts collatéraux, terroristes/résistants colonies/territoires occupés
leurres des images
Il n’y a pas que l’État ou le Parti qui recourent aux méthodes de persuasion ou de sidération par l’information. Entreprises et lobbies n’ont rien à envier aux politiques. Sur fond de guerre économique, Internet bruit de rumeurs et devient un terrain de manœuvres pour la perturbation assistés par ordinateur ; le monde de l’économie découvre ce qu’est déstabilisation informationnelle tandis que le terrorisme révèle toute sa puissance publicitaire et symbolique. Les organisations d'influence.
Toutes mêlent à des degrés différents plusieurs techniques destinées finalement à agir sur le cerveau d’autrui :
- La suggestion : présenter de bonnes idées, leur donner un nom et une forme attractifs...
- La séduction : avoir une bonne image de marque, attirer l’attention
- La spécialisation : développer une forme d’expertise dans un domaine, savoir convaincre, acquérir une légitimité
- La communication : toutes ont besoin des médias et de l’opinion pour faire prévaloir leur point de vue
- Mais aussi la sanction : les ONG peuvent mettre au pilori gouvernements autoritaires ou entreprises irresponsables, les lobbies savent faire comprendre aux fonctionnaires ou aux élus que leurs mandants pourraient bien manifester ou protester, quant aux think tanks, leur fonction de critique des politiques n’est pas négligeable.
L’influence est le mode d’action typique de sociétés qui ne sont plus hiérarchisées, mais décloisonnées, fluctuantes, incertaines. Le pouvoir se fonde moins sur l’autorité de la tradition ou sur la possession des choses que sur des capacités nouvelles : produire des images, diriger l’attention publique, anticiper les courants porteurs, maîtriser les noeuds et commutateurs des réseaux, occuper les positions stratégiques dans les flux d’informations.
La forme qui a remplacé la propagande, au moins dans les pays occidentaux : le marketing politique. Celui-ci transpose dans le domaine politique, censé être celui des idées et des valeurs, des méthodes utilisées pour vendre des choses, mais pour vendre des gens.
Le marketing obéit au principe d’adaptation :
- déceler les attentes du « marché » (les électeurs) ou des secteurs qui pourraient être intéressés par le produit (le candidat)
- analyser le produit en terme d’image de marque (que corrigeront des spécialistes) - déterminer le message qui « passera » et faire correspondre au mieux l’image du
candidat avec les attentes
La question du contenu (ce que croit et veut faire partager le candidat) est secondaire dans le marketing politique, formant le pôle faible de la propagande dont le pôle fort serait la conversion, la vraie propaganda fide.
http://www.huyghe.fr/dyndoc_actu/44c68f4d83b31.pdf
La technique du storytelling
http://www.monde-diplomatique.fr/2006/11/SALMON/14124
Storytelling
Depuis qu’elle existe, l’humanité a su cultiver l’art de raconter des histoires, un art partout au cœur du lien social. Mais depuis les années 1990, aux États-Unis puis en Europe, il a été investi par les logiques de la communication et du capitalisme triomphant, sous l’appellation anodine de « storytelling » : celui-ci est devenu une arme aux mains des « gourous » du marketing, du management et de la communication politique, pour mieux formater les esprits des consommateurs et des citoyens. Derrière les campagnes publicitaires, mais aussi dans l’ombre des campagnes électorales victorieuses, de Bush à Sarkozy, se cachent les techniciens sophistiqués du storytelling management ou du digital storytelling.
C’est cet incroyable hold-up sur l’imagination des humains que révèle Christian Salmon dans ce livre, au terme d’une longue enquête consacrée aux applications toujours plus nombreuses du storytelling : le marketing s’appuie plus sur l’histoire des marques que sur leur image, les managers doivent raconter des histoires pour motiver les salariés, les militaires en Irak s’entraînent sur des jeux vidéos conçus à Hollywood et les spins doctor construisent la vie politique comme un récit…
Christian Salmon dévoile ici les rouages d’une « machine à raconter » qui remplace le raisonnement rationnel, bien plus efficace que toutes les imageries orwelliennes de la société totalitaire. Ce « nouvel ordre narratif » va au-delà de la création d’une novlangue médiatique engluant la pensée : le sujet qu’il veut formater est un individu envoûté, immergé dans un univers fictif qui filtre les perceptions, stimule les affects, encadre les comportements et les idées…
http://www.rue89.com/cabinet-de-lecture/storytelling-ces-histoires-que-construit-le-pouvoir